De l’Ikebana à la calligraphie: les expérimentations de Sofu Teshigahara

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Sofu Teshigahara, « Ki, ao no senbyo » (Dessin au trait jaune et bleu), non daté
Assiette en terre cuite émaillée avec inscription calligraphique
Φ29,2 x 5,5 cm

C’est une histoire de découverte fortuite comme on aime à les raconter: quand le galeriste tokyoïte Takayuki Ishii rend visite à la famille du maître de l’Ikebana et sculpteur Sofu Teshigahara (1900-1979) (auquel il a déjà consacré plusieurs expositions dont en 2024: https://www.takaishiigallery.com/en/archives/37253/), il tombe par hasard sur une caisse remplie de plats de céramique calligraphiés de la main du maître. Jamais ou rarement exposées, ces pièces dévoilées à la galerie Taka Isshii de Roppongi (Tokyo) sont posées sur une longue table habillée d »une nappe blanche. Le visiteur, lui, est convié à un banquet, celui d’un « monstre de l’art » tout à la fois maître d’Ikebana, sculpteur, calligraphe, peintre, créateur de collages – un artiste aux multiples visages.

Sofu Teshigahara, « Gekko » (Clair de lune), non daté
Assiette en terre cuite émaillée avec inscription calligraphique
Φ40,8 x 5 cm

Ces pièces exposées me font penser à un objet d’art non identifié. De quoi les qualifier? De céramiques?Pas vraiment puisqu’ici la céramique n’est que le support. De calligraphie? Si parfois le kanji (signe chinois) est facilement identifiable, il est ici souvent déformé, emporté par la fougue expressionniste du pinceau de Teshigahara et n’est plus que difficilement lisible. De peinture?… Des signatures mais pas de dates, seulement quelques indices qu’elles ont probablement été réalisées dans la décennie 1960-1970 alors que Teshigahara avait déjà une stature d’artiste bien installée au Japon et à l’international. Depuis 1927, Sofu avait fondé l’école Sogestsu d’Ikebana: issu d’une dynastie de maîtres de l’art floral japonais, rompant avec la rigidité des conventions de cette pratique, il prend la tête du mouvement d’avant-garde d’Ikebana qui voit le jour après la seconde guerre mondiale – avec Houun Ohara et Yukio Nakagawa. Il fréquente aussi l’avant-garde artistique nippone des années 1960-1970 – le groupe Gutai, Jikken Kobo, Art Informel, ouvre son Sogetsu Art Center (qui arrête ses activités en 1971) de Tokyo à John Cage ou au chorégraphe Merce Cunningham. En 1978, un an avant sa disparition, il collabore avec le designer nippo-américain Isamu Noguchi qui crée une installation de grande envergure, Heaven pour le siège de l’école Sogetsu à Tokyo.

La valeur de ces pièces, si elle est liée à la personnalité de l’auteur, repose finalement sur un geste un peu rebelle et fougueux à première vue, poétique par le choix des mots . C’est une affirmation de personnalité tout autant qu’un clin d’œil à la tradition – celle selon laquelle le maître-céramiste japonais offre à son apprenti une pièce calligraphiée ou peinte de sa main.

Sofu Teshigahara, Tsuki (Lune) (non daté), Assiette en terre cuite émaillée avec inscription calligraphique
36,8 x 36,5 x 4,2 cm

L’exposition Sofu Teshigahara est visible à la galerie Taka Isshi de Roppongi jusqu’au 27 septembre 2025. https://www.takaishiigallery.com/en/


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