
143×65x160cm
Vue de l’exposition collective: «A Quest into the World with PAPER »,
Contemporary Art Museum Kumamoto, Japon 2022
Photo: Shintaro Yamanaka (Qsyum!)
Courbures, trous, lignes de crêtes, strates: notre regard suit les accidents qui ponctuent les sculptures de papier créées par l’artiste Noriko Ambe. Horizons animés de vagues ou de sommets montagneux, étendues grignotées par des grottes et cavités mystérieuses, plages de pages suspendues dans le vide. Le papier est devenu un territoire, un paysage, un champ libre ouvert à l’imaginaire du regardeur.
Les titres des œuvres d’Ambe parlent eux aussi de cette géographie du papier: des « pays vides » ( Lands of Emptiness) succèdent à des « morceaux de globe » (A Piece of Flat Globe ), cohabitent avec des « sources vives » (Water Source). Avec elle, la nuit n’est plus aussi noire (White night, « une installation où la lumière encercle perpétuellement l’œuvre, comme un soleil qui ne se couche jamais » ainsi que la décrit l’artiste) et bien sûr, la neige si bien accordée à la couleur de son papier s’invite parfois (The last snow).
Pour l’artiste, « le « Linear Actions Project » a débuté par le tracé de lignes, initialement comme moyen d’explorer la nature de sa propre existence. La superposition de lignes déformées a fini par représenter des strates, et a progressivement évolué vers une tentative d’incarner une synchronicité naturelle entre l’humanité et le temps, à l’image du Grand Canyon. » Depuis 26 ans, Noriko Ambe travaille sans relâche sur ce qui devait être un projet de 10 ans. Il s’agit d’un processus lent et silencieux qui exprime une sensibilité au paysage et à la nature, où se lit l’empreinte de son pays d’origine, le Japon – un pays où elle est retournée vivre après des années passées à New York, ville où elle continue de travailler par intermittence.
Derrière cette harmonie que l’on ressent en contemplant ses sculptures se cache cependant une angoisse de vivre sur une terre où le temps est compté, dans un archipel régulièrement frappé par des catastrophes naturelles – des typhons aux tsunamis en passant par les tremblements de terre. Comme l’artiste l’exprime elle-même : « j’envisage d’atteindre de nouveaux horizons sculpturaux grâce à la discontinuité et à la répétition de cette ligne unique… influencée par les tremblements de terre du Japon, etc. »
Le ciseau de l’artiste ne tremble pas, lui, pour traduire les soubresauts de la nature. Il y a beaucoup de maîtrise technique et une précision du découpage derrière ces formes à la simplicité presque désarmante. Blanc comme neige, le papier que l’artiste utilise et qui a pour nom Yupo, est épais et résistant à l’eau: il n’a pas la transparence du Washi, ce papier si fin dont on devine si bien les veines et les fibres, mais il a cette tenue et cette légèreté qui permet les lignes cassées comme les feuilletages. Eclairé par une source de lumière, il devient présence chaude et douce et énigmatique. Présenté sous la lumière froide et crue du jour, il fait bloc ou se fond dans les murs, sur les socles – un véritable passe-muraille.

Yupo (papier synthétique), colle, 9.3 x 19 x 14 cm
Photo: Noriko Ambe

Coupe de papier Houshoshi, piédestal
109.1 x 78.8 x 10 cm
Vue d’exposition: Solo show “Lands of Emptiness », PIEROGI. Brooklyn, NY
Photo: Masa Noguchi

Papier, encre, piédestal, cadre en bois, fil électrique
Installation: 9m x 4.5m
Vue de l’exposition de groupe: « Beyond the Ink Wash », 4ème Kunming Art Biennale
Photo: Yunnan Art Museum, Kunming, Chine, 2018
Les citations de l’artiste sont issues d’entretiens à Tokyo, février 2026
Site de l’artiste: https://www.norikoambe.com/
Maho Kubota Gallery, Tokyo: https://www.mahokubota.com/en/artists/noriko-ambe/
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